Depuis que Joël et Muriel Jamm ont transmis cette maison de village à Laurie et William Moser, l’adresse paraît avoir gagné en allant naturel, en jeunesse et en bonne humeur. On y entre comme dans une auberge alsacienne rajeunie avec tact : pierres apparentes, cheminée, chaises de winstub rajeunies par des couleurs dépareillées, chemins de table en Kelsch de Muttersholtz, assiettes Obernai d’Henri Loux, revenues du kitsch avec une certaine malice. À l’étage, la salle compartimentée par des poutres à claire-voie, décapées jusqu’à prendre un ton rustique contemporain, offre ce confort rare d’un décor régional sans folklore, éclairé par des dessins naïfs d’Alsace et par le sourire de Laurie Moser. La cuisine revendique son ancrage alsacien avec des préparations franches, lisibles, sincères. Le foie gras de canard, cuit en terrine et servi au naturel avec confit d’oignons rouges et gel d’églantine, conserve la vérité du lobe, parfois rosé, assaisonné sans excès. Le croustillant de chevreuil, sorte de strudel de pâte filo garni de viande effilochée, trouve son équilibre dans une sauce aigre-douce à la betterave et une salade croquante, nette, bien tenue. Le filet de truite saumonée de la pisciculture Bihl séduit pour sa fraîcheur, sa cuisson précise et son chou rouge doucement confit mais les pommes de terre vapeur, desséchées en surface, affaiblissent une assiette autrement savoureuse. La bouchée à la reine, servie plutôt comme un chausson feuilleté pur beurre, repose sur une sauce de veau et de volaille bien conduite, même si les spätzle posées abondamment dans la même assiette alourdissent la présentation. Côté douceurs, la rencontre chocolat-agrumes laisse le cacao en retrait, tandis que les profiteroles offrent un beau chou et une sauce chocolat équilibrée, malgré une glace vanille un peu cassante. La cave, solidement alsacienne, réunit de belles signatures à prix mesurés. Une maison heureuse, sincère, vivante.