À quelques pas du fameux château d’Anjony, la seconde adresse des propriétaires de la Borie d’Hélipse occupe une solide bâtisse du XVIIIᵉ siècle dont les murs de pierre volcanique et la toiture de lauzes ont conservé toute l’authenticité. La salle à manger séduit pour sa belle hauteur sous plafond et sa vaste baie vitrée ouverte sur la verdoyante vallée de la Doire. La cuisine de ce bistrot chic s’ancre fermement dans le terroir sans céder à un régionalisme étroit : le chef privilégie les producteurs locaux puis élargit volontiers son répertoire à des associations plus personnelles. L’émulsion aérienne de Saint-Nectaire au crumble ouvre le repas avec légèreté. Les beignets de Cantal fumés au foin, accompagnés d’une fine salade pastorale aux herbes, jouent avec bonheur sur le végétal et le fumé. La truite Fario de Stéphane Heinis, travaillée en escabèche, possède une fraîcheur acidulée qui aiguise immédiatement l’appétit. Cette cuisine aime les contrastes de textures et de températures mais demeure toujours lisible, généreuse et profondément gourmande, avec une attention particulière portée aux jus et aux condiments. Le tronçon de lotte snacké au lard paysan trouve ainsi dans un jus de volaille au thé fumé un accompagnement puissant qui affirme pleinement le caractère terre-mer du plat. Le bœuf de la maison Dupont, légèrement ferme, gagne beaucoup grâce à la douceur d’une compotée d’échalotes et à une excellente truffade, réconfortante sans lourdeur. Les desserts ne relâchent pas la curiosité : la flognarde froide, avec abricots pochés et glace au lait d’amande, revisite avec finesse un classique du terroir. Plus gourmand encore, le dessert dans l’esprit du vacherin, qui associe une bavaroise généreuse à des fraises remarquables et à un jus de fraises d’une intensité nette. La carte des vins, courte et intelligemment tarifée, accompagne justement cette cuisine fine et abordable, avec une quarantaine de références françaises et une présence appréciable de l’Auvergne.