Glamour comme un palazzo de bord de mer, intime comme une maison de famille, Cap Estel est un bijou caché qui se déguste avec volupté. Les tables posées sur la terrasse offrent un charme singulier, ouvrant sur le jardin avec la Méditerranée en arrière-plan, et le travail de Kevin Garcia, que nous avions déjà salué l'an passé, confirme tout le bien qu'on en pense, en s'adaptant aussi bien à l'esprit Riviera sans perdre ses repères ni son identité. L'intimité et la personnalité sont renforcées par toute la prestation, l'attention au client, la mise de table, les couteaux damassés d'un artisan de Saint-Laurent-du-Var. Le chef navigue entre terroir méditerranéen, grande école (il fut dernièrement le chef du restaurant de la Tour Eiffel avec Frédéric Anton) et notes de prestige avec la modernité voulue : d'excellentes mises en bouche qui frisent les quatre toques, dont l'artichaut à tremper en bagna cauda, le crabe bleu de Méditerranée gelée citronnée mayo maison, agréable en légèreté, la soupe de poissons de roche fior du mascarpone, au goût puissant et savoureux, la bonite fumée raifort crème de riz torréfié et caviar osciètre, à la présentation inventive. Le chef montre son aisance sur les plats de la mer, enchaînant sur la sériole de Beaulieu, avec une escabèche à forte personnalité, bien dosée en acidité et saveurs chaudes, relevée de menthe, amandes fraîches et pollen. Le ris de veau caramélisé est bien préparé, avec ses plins au robiolino et des champignons au vin jaune plus discrets, avant un plaisant dessert citron givré, infusion feuille et fleurs granité champagne, pas tout à fait un dessert de pâtissier, mais bien en accord avec un grand menu pour finir en légèreté. Bon service, chacun s'appliquant à bien représenter l'esprit de la maison : cave bien large, grandes bouteilles et bonne représentation par régions, avec un choix au verre de régionaux, et de prestige au Coravin.